• Turquie

    « L'Europe repose sur une unité géographique, historique et sociétale : la Turquie n'est pas européenne. »


    François Bayrou a tenu à le dire à la tribune de l'Assemblée : l'entrée de la Turquie dans l'Europe serait un risque de dissolution du projet européen. Il propose une alternative : une Europe unie coopérant étroitement avec une Communauté de la Méditerranée, dont la Turquie, partenaire privilégié de l'Union, serait le premier maillon.


    « La reconnaissance du génocide arménien, dont nous avons fait une loi de la France, par souci de justice historique, est considérée comme un crime en Turquie, passible de dix ans de prison ! Et on nous dit qu'il n'y a pas de différence démocratique entre la Turquie et l'Europe !La France aurait dû poser comme préalables la reconnaissance du génocide arménien et la reconnaissance de Chypre, utiliser sur ces sujets son droit de veto.


    C'est un sujet historique que celui de l'adhésion de la Turquie. Et sur ce sujet historique, le gouvernement a interdit au Parlement de s'exprimer, au nom d'une conception dépassée d'un prétendu domaine réservé. C'est triste et révélateur pour la démocratie française, et pour le projet européen.


    L'adhésion de la Turquie est un pas vers la dispersion de l'Europe, car un fossé nous sépare, en géopolitique, en démocratie.Deux projets européens s'affrontent. L'un, c'est l'Europe dispersée,n'acceptant que l'unification du marché, celle des normes et des lois ;c'est le point de vue américain. L'adhésion de la Turquie va dans ce sens.


    L'autre projet, c'est l'unité politique, ce sont des institutions démocratiques pour agir ensemble. Et il n'y a pas d'unité politique possible s'il n'y a pas unité culturelle ! Quand M. Barroso déclare « c'est à la Turquie de se plier à l'Europe », cela signifie qu'il s'agit bien de deux modèles différents et que l'un doit céder à l'autre : je ne crois pas que l'on puisse durablement faire plier les cultures et les peuples. Au contraire, l'identité ‘pliée' revient comme un boomerang.


    Je m'inscris en faux contre ceux qui veulent l'entrée de la Turquie pour que l'Europe ne soit pas un "club chrétien" : elle ne l'est pas ! Quinze millions de musulmans vivent sur notre sol, et lorsque des pays européens musulmans, comme la Bosnie,voudront entrer dans l'Union, nous les soutiendrons. Ce n'est pas le christianisme qui a fait l'Europe : l'Europe est la rencontre féconde entre Athènes, Rome et Jérusalem. Et parler d'« Europe chrétienne », c'est ne présenter qu'un bout de cette histoire.


    Je propose une perspective plus fertile. L'Europe libre et forte, que nous défendons, doit bâtir avec les pays de la Méditerranée une communauté plus large,
    euro-méditerranéenne, une communauté d'obligations et d'entraide réciproques, où chacun aiderait l'autre à bâtir la paix et le développement. Communauté dont la Turquie, partenaire privilégié de l'Union, serait le premier maillon.


    La Turquie deviendrait un pont entre l'Orient et l'Occident, entre l'Islam et nos sociétés d'héritage judéo-chrétien et de liberté de pensée. »