• L'enjeu, c'est le pluralisme en France !

    1 juin 2007




    François Bayrou vient faire campagne en Charente ce soir. Il sera à 19h30 à la salle des Tanneries à Nersac pour le lancement du Mouvement démocrate dans le département qui présente un candidat dans chaque circonscription. En attendant, il répond à "La Charente Libre". Il y plaide pour un centre fort, indépendant et libre. Il demande du pluralisme à l'Assemblée nationale. François Bayrou demande une refonte des institutions qui permettraient une représentation plus équitable des diverses sensibilités politiques du pays. Et s'insurge contre la franchise médicale, qu'il estime "injuste". Propos recueillis par Dominique GARRAUD.

    CL. Vous évoquez une campagne législative «difficile». Qu'en attendez-vous notamment en nombre de sièges à l'Assemblée où, selon toute probabilité, votre Mouvement Démocrate (MoDem) ne sera pas en mesure de constituer un groupe parlementaire?

    François Bayrou. L'enjeu de cette campagne, c'est le pluralisme en France. S'il n'y a qu'une opinion qui domine l'Assemblée nationale avec de l'autre côté un Parti socialiste en crise, les débats ne pourront pas avoir lieu. Dans un pays démocratique normal, les grands courants qui se sont exprimés fortement au moment de l'élection présidentielle devraient avoir leur représentation parlementaire. Nous vivons avec des institutions qui ne donnent la parole qu'aux majoritaires. Cela n'est pas normal.
    Si les Français veulent que les grands sujets qui vont être traités soient débattus en pleine lumière, il faut qu'ils permettent à des voix différentes et indépendantes de s'exprimer à la tribune de l'Assemblée. Je pense notamment à la franchise en matière de sécurité sociale avec ces dizaines d'euros non remboursés qui risquent de poser des problèmes très lourds aux familles bouclant leur budget à l'euro près. Je pense à la carte scolaire et au problème de la dette dont le gouvernement a annoncé qu'il allait le mettre pour une période entre parenthèses, ce qui est profondément injuste.
    Sur le nombre de sièges, je ne fais aucun pronostic. Laissons les électeurs s'exprimer. Je ne connais aucun institut de sondages qui puisse estimer 577 élections différentes.

    Pendant la campagne présidentielle, et singulièrement entre les deux tours, aviez-vous envisagé la possible défection de la quasi-totalité du groupe parlementaire UDF au profit de Nicolas Sarkozy?

    F.B. Non (rires). Non, parce que je crois aux idées et aussi profondément à la loyauté de mes amis. Je n'avais donc jamais envisagé cela. C'est le problème des institutions de la Ve République qui doivent être changées. Il y a un tel attrait du pouvoir qui va avoir tous les leviers de commande entre les mains, que la preuve est faite à chaque élection qu'il est difficile de lui résister.

    Le Nouveau Centre présente un programme législatif pratiquement identique à celui adopté par l'UDF. N'y a-t-il pas un risque de trouble pour l'électorat qui avait porté ses voix sur votre nom?

    F.B. L'électorat ne se trompe pas. Les électeurs qui ont voté pour moi l'ont fait parce qu'ils savaient que je voulais l'indépendance et la force du centre, que je voulais que travaillent ensemble des gens différents par-dessus les frontières habituelles, que je voulais pour le pays des solutions équilibrées. Ce lien créé avec 7 millions d'électeurs n'a pas changé et aucune manœuvre ne le troublera. Les électeurs savent exactement que des gens ont changé de ligne de conduite pour rallier le nouveau pouvoir. Ce sont des attitudes très anciennes, archaïques.

    Lors de la création du MoDem, vous aviez évoqué la possibilité d'accords de désistement au second tour «au cas par cas» avec le PS ou l'UMP. Cette hypothèse reste-t-elle d'actualité et peut-elle s'appliquer, le cas échéant, à des candidats du Nouveau Centre?

    F.B. Je n'ai aucun accord d'appareil et je ne conduis aucune manœuvre avec qui que ce soit. Nous allons au premier tour sous nos propres couleurs. Nous verrons au soir du premier tour où en sont nos candidats et quel est le meilleur moyen de favoriser le pluralisme en France.

    Vos détracteurs, dont Simone Veil, vous accusent d'avoir créé le MoDem dans l'unique objectif de la présidentielle de 2012. Que leur répondez-vous?

    F.B. Je n'ai jamais songé à l'élection présidentielle de 2012. Car personne n'a idée de ce que sera la situation dans cinq ans. J'ai créé le MoDem à partir de l'UDF parce qu'il faut un centre fort. On s'apercevra dans les mois qui viennent que faute de ce centre fort le pays rencontrera des difficultés. Les politiques déséquilibrées sans contre-pouvoir échouent à tous les coups et génèrent l'exaspération du pays.

    Quel jugement portez-vous sur le début du quinquennat Sarkozy et sur sa propension à traiter en direct les dossiers?

    F.B. Il est très bon en matière de communication mais l'idée qu'un seul homme puisse traiter en direct des problèmes est inquiétante. Tous les systèmes politiques fondés sur un pouvoir qui décide de tout et concentré entre les mêmes mains ont gravement échoué. Ceci ne correspond pas à la manière dont le pouvoir devrait être exercé dans un grand pays au XXIe siècle.
    La Charente libre

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