• Le MODEM, cet emmerdeur... La Révolution Orange de Bayrou jouera son avenir cet été

    Le sillon du MoDem : Une vraie révolution citoyenne, si...

    Indépendamment de sa faiblesse parlementaire, le Mouvement Démocrate incarnera une force authentiquement « révolutionnaire » si François Bayrou tient son cap, creuse son sillon et muscle ses « cadres » qui doivent orchestrer ce qui est d'abord un choc culturel. « Plus rien ne sera comme avant », avait-il lancé le soir de son éviction des Présidentielles : l'épreuve de vérité commence dès  maintenant...

    Le MoDem, cet emmerdeur ...

    Preuve est faite depuis le début de cette année électorale : le MoDem est un emmerdeur. Pour la droite, pour la gauche, pour les Verts, pour les archéo-centristes et pour une grande partie des commentateurs politiques qui, en fait, sont plus des agents de conservation du système en place que des détecteurs d'évolutions, des esprits renifleurs d'un avenir par définition « écrit nulle part »...

    Le MoDem, c'est quoi ? Une vraie  rupture, au sens plein du terme. Ou plutôt une série de ruptures qui s'additionnent, se multiplient, s'entremêlent. C'est en cela que Bayrou a raison de parler de « Révolution ». Une Révolution sereine et calme mais qui peut marquer durablement l'Histoire. Une Révolution citoyenne et culturelle.

    Rupture politique : Les « partis du centre » étaient condamnés, par notre système présidentialiste binaire,  soit à s'excentrer, en « tombant à droite » soit à s'éventrer ou s'écarteler (la famille radicale le sait bien), en servant d'alibi aux fausses « politiques d'ouverture » à la droite ou à la gauche, en fonction des locataires de l'Elysée et de Matignon.

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    Depuis la fin du MRP (qui, lui,  a su longtemps avoir deux yeux, deux oreilles, deux mains, deux pieds pour servir des valeurs de liberté, de résistance et de solidarité sociale), le Centre a d'abord été une réserve  de « forces d'appoint », avec des « cocus de l'ouverture » sur des strapontins...

    Un « milieu » où des « centristes » (« sangs tristes », écrivait Pasqua)   guidés par les  lampions des pouvoirs en place  oubliaient trop que « modération » doit rimer avec « conviction » et non avec « dilution », « absorption », « renonciation »...Et non, surtout,  avec carriérisme.

    Edgar Faure, par ailleurs si riche de qualités, a eu tort de donner trop facilement bonne conscience à trop de grenouilles du marais centreux avec son constat d'observateur du ciel "Ce ne sont pas les girouettes qui tournent, c'est le vent"...

    Fini le temps du "cul entre deux chaises" ou du centrisme borgne? Espérons. Voici le "centrisme " de la "troisième chaise" , comme dit Bayrou, et de la vue large et profonde? Espérons. Si non, le "nouveau tiers état" si bien analysé par Bayrou fera une autre Révolution, moins calme et moins sereine, et plus illusoire et périlleuse.

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    Le Centre central, « l'extrême centre révolutionnaire »,  a l'ambition de jouer le rôle d'un vrai ...Centre, donc de pivot. D'un carrefour non d'un rivage de secours... « Se dire de droite ou de gauche, c'est prendre le risque de l'hémiplégie », souriait Raymond Aron, qui a eu si souvent raison contre Sartre et qui a été si mal compris par la droite et si défiguré par la gauche.

    Rupture démocratique : « Le pire des régimes à l'exception de tous les autres », comme le constatait Churchill, est un jardin à cultiver en permanence. La démocratie ne se réduit pas à un mode de sélection d'élites plus ou moins représentatives, ni aux lois d'une majorité par définition changeante, ni en quelques campagnes électorales,  ni à la convocation plus ou moins régulière des citoyens aux urnes, ni à la soumission à la dictature populiste  des sondages, aux mirages médiatiques de l'info-spectacle, aux lois de cette "doxocratie" exploitée  par une oligarchie masquée logiquement plus conservatrice et corporatiste que progressiste (qu'elle soit de droite ou de gauche) ...

    medium_Democrate_victor_Hugo.jpg" La République est une idée, la République est un principe, la République est un droit. La République est l'incarnation même du progrès'. Victor HUGO Choses vues

    >>>Elle est grille de valeurs non proclamées mais respectées : le Conseil de l'Europe vient de le rappeler opportunément dans  le silence politico-médiatique qui caractérise tant cette France de l'autosatisfaction qui ne supporte pas le regard critique de ses voisins:"Il n'y a pas de démocratie authentique sans oppositions fortes et respectées"

    >>>Elle est prise en compte réaliste des inévitables « rapports de force », non pour que les plus forts, les plus puissants  ou les plus nombreux imposent leurs lois aux plus faibles, mais pour que les relations humaines reposent sur des valeurs  partagées. Des valeurs qui ne prennent du sens que par le Droit quand se droit est mis au service de la Justice (ce qui loin d'être la règle commune). Des valeurs qui s'épanouissent quand on applique la recette de Monnet et Schuman:"Marier la nécessité et l'idéal"

    >>> Elle exigence d'informations, de pédagogie, de débats, de « limages de cervelles », comme disait Montaigne.

    Des informations? Oui mais  qui ne s'apparentent pas à cette propagande, déclarée ou masquée, qui selon Noam Chomski, « est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures ».

    Des débats? Oui,  organisés mais  ouverts, qui ne se résument pas à des offices d'officines... « Quand tout le monde pense la même chose, c'est que personne ne pense », avait lancé Bayrou en rompant avec l'unanimisme cultivé artifciellement dans la coalition UMP... C'est dans cet esprit que Chantal Cutajar vient de lancer ses Conférences de Citoyens de Strasbourg

    « Nos démocraties électives ne sont pas des démocraties représentatives », regrettait Paul Ricœur. C'est encore plus vrai dans la France d'aujourd'hui. Et cette « démocratie représentative » à reconstruire doit être intrinsèquement participative, délibérative, consultative, constructive. Vivante. Donc (ce n'est pas une évidence pour tout le monde) pleinement citoyenne.

    Le constat de Jacques Derrida doit être, au MoDem, un vrai mot d'ordre, et une préoccupation permanente : « Etre démocrate, ce serait agir en reconnaissant que nous ne vivons jamais dans une société assez démocratique »... 

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    Rupture éthique et morale : la démocratie élective telle que nous la pratiquons n'est qu'un mode de sélection des « élites ». La démocratie effective est d'abord une grille de valeurs. Des valeurs qui n'ont de sens que dans des actions qui les illustrent, les concrétisent les incarnent. Pour reprendre le  mot que Chantal Cutajar a érigé en devise personnelle, ce qui doit être prioritaire, c'est « l'utile et le juste », deux mots indissociables en politique. Des mots qui ne sont ni de droite ni de gauche. Et qui reflètent bien la finalité du MoDem. L'une de ses raisons d'être, même. Avec ce que Bayrou incarne bien actuellement par ses rebellions pacifiques, son esprit de résistance, et sa ténacité : En politique, la morale ne doit pas se découper en tranches.

    « Pour moi, morale et politique doivent être synonymes » confiait Pierre Pflimlin. Et, en politique, la morale doit précéder et dépasser le droit. Le « ré enchantement » de la politique passe par là. Par cette exigence. Et par cette pratique. 

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    Aristote et Platon

    Rupture philosophique : La droite met en avant la Liberté, la gauche privilégie l'Egalité. Le Centre veut lier les deux. Par cette Fraternité sans laquelle Liberté et Egalité restent antagonistes, inconciliables. Par cette prise en compte de la Personne, cet individu reconnu comme porteur d'une transcendance, d'une « égale dignité », d'une « irréductible liberté » trop souvent réduit à une carte d'identité, à un numéro, à une etiquette, à un dossier, voire à une marchandise...

    Ce n'est pas un hasard si Bayrou, porteur des valeurs du christianisme social, de l'esprit laïc et républicain et des idéaux que recouvre l'expression "principe d'Humanité", se recommande volontiers de Jacques Maritain et des philosophes dits « personnalistes ». Des philosophes trop oubliés, y compris dans les facs de philo où la mode reste à d'autres courants de pensée qui à force de décortiquer le nihilisme finissent par le propager. Et qui ont tant contribué à ce que Finkielkraut appelait voilà près de quinze ans « la défaite de la pensée ». Une défaite accentuée par le primat de l'image sur le mot, du paraître sur l'être, du virtuel sur le réel.

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    Ce retour en politique du personnalisme implique une « déconstruction », selon l'expression de Jacques Derrida, de ce que recouvre cet « humanisme » plus proclamée qu'analysé et des « doxa » du XX ième siècle. Le « Centre central » implique une philosophie du doute, du questionnement, de l'interrogation. « Une philosophie érigée en système cesse d'être philosophique », soulignait Paul Valéry. 

    Il implique aussi une philosophie d'action qui donne la priorité à une finalité claire: améliorer le bien-être de la communautés des femmes et des hommes, un bien-être qui doit être élargi au plus grand nombre et être durable, au-delà du présent. "Un politicien pense aux prochanes élections, un homme d'Etat pense aux prochaines générations". Nous manquons d'Hommes d'Etat.

    Il implique encore et surtout peut-être une philosophie qui repose sur la perfectibilité de l'Homme et de la Société. "La seule perfection de l'Homme, c'est sa perfectibilité", disait André Neher. On n'y songe pas assez. Comme on oublie trop, croyant ou non, le mot de Bernanos:'Les seules mains de dieu, ce sont les nôtres".

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    Rupture économique : La droite privilégie l'efficacité, la compétitivité, la production de richesses. La gauche donne la priorité à la qualité de vie partagée, à la solidarité, au partage des richesses (même inexistantes). Le Centre veut agrandir le gâteau pour mieux le partager. Comment ? En repensant le libéralisme économique, trop diabolisé à gauche, où l'on oublie que LIBERAL  vient de « Liberté », et trop caricaturé à droite où l'on oublie que « la main invisible » ne régule le marché que si des règles du jeu précises et bien lisibles sont respectées. Et que l'argent les valeurs marchandes ne sont que des moyens, non des fins. Le capitalisme n'est pas un cannibalisme.

    Rupture sociale : Pour la droite, le « social » reste de  l'ordre compensatoire du caritatif, de la charité. Pour la gauche, il demeure de l'ordre protecteur de l'étatisme et de l'assistanat. Pour le Centre, le social  s'inscrit dans l'ordre de la Justice, allie protection et promotion et  devient la finalité même de l'efficacité économique. « Remettre l'Homme, le principe d'Humanité, au cœur de toute action » : ce n'est pas un vœux pieux. C'est un programme d'action.

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    Rupture programmatique : A droite comme à gauche, on a pris l'habitude (comme dans les programmes scolaires et universitaires, d'ailleurs) de découper les problèmes en tranches, les champs d'activités en parcelles, les politiques en secteurs. Le temps des cases, des étiquettes, des rayonnages, des oeillères, des frontières intellectuelles, des « spécialistes », des « experts »...

    Tout ne doit évidemment pas être dans tout n'importe comment : c'est l'évidence. Le niveau des connaissances, la variété des activités, la diversité des problèmes à régler et des défis à relever imposent des  classements, des rangements, des spécialisations. Mais le politique, par définition, pour reprendre une métaphore d'Edgar Pisani, est un médecin généraliste : il  doit s'occuper de l'ensemble du corps social, de tout l'organisme,  et non d'un ou de quelques organes...

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    Un programme politique ne doit donc pas être un catalogue de mesures, de promesses, d'engagements. Il doit d'abord  être un projet cohérent, avec la prise en compte de données verticales et horizontales, de dimensions qui s'imposent dans tous les secteurs et à tous les niveaux.

    C'est ce qui a fait la véritable  originalité du « projet présidentiel » de Bayrou, une originalité bien mal mise en relief par  des commentateurs trop figés dans des schémas dépassés. Une originalité qui ne l'a pas condamné aux oubliettes avec sa non-réussite électorale. Lier l'économique, l'écologique et le social. Tenir compte de la dimension européenne dans tous les domaines. Placer l'éducation au cœur de toutes les actions. Globalité et cohérence. Avec des modalités définies en fonction des finalités. C'est cela, entre autres, la social-économie (plus chargée de sens et d'avenir que la social-démocratie), l'éco-économie, la « démocratie sociale »...

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    Rupture étatique : Les débats entre le « trop d'Etat » déploré par la droite et le « Plus d'Etat » toujours réclamé par la gauche sont dépassés : c'est l'art et la manière de construire un « Mieux Etat », selon la formule d'Edgar Pisani, qui importe.

    Quel beau chantier ! Au-delà des frontières fatalement mouvante entre le « public » et le « privé » qui ne doivent en aucun cas se décider par décrets, ce chantier  engage toutes les forces vives du pays. Et il touche les différentes formes de fonctions publiques, les découpages administratifs, les structures nationales, régionales et locales, la mise en place d'une « société civile organisée », le soutien au tissus associatif...Sans oublier les auxiliaires indispensables à un Etat plus « éclaireur » et « stimulateur » que gestionnaire : les structures de consultation, de coordination et d'anticipation ...

    Quel crime d'avoir tué le Commissariat au Plan crée par De Gaulle et Monnet ! Quelle  faute d'avoir réduit le rôle et les moyens de l'Aménagement du territoire ! Quelle bêtise d'avoir transformé le Conseil économique et social en « placard à sucettes » ! Quelle lacune de ne pas avoir un Observatoire du futur chargé d'évaluer les conséquences directes et indirectes des lois décidées ! Quelle honte de ne plus avoir (les fonctionnaires n'en sont pas responsables) les thermomètres indispensables aux prises de température des prix, de l'emploi, du chômage...

    Ce « Mieux Etat » implique également un assagissement  de notre délire législatif et  de notre étouffoir bureaucratique et technocratique. Il implique surtout un retour aux principes de base définis par ce cher Montesquieu, plus cité que suivi : la séparation des pouvoirs est en France aujourd'hui plus de type russe que de type américain...

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    Rupture sociétale : Pour la droite, le temps de la « luttes des classes » est terminé alors que tout est mis en œuvre pour que le slogan de Guizot « enrichissez-vous » ne profite qu'aux plus nantis... Pour la gauche, la lutte essentielle demeure celles des opprimés contre les oppresseurs.

     Pour le "Centre central", le « Vivre ensemble » se fondant sur le respect de la Personne repose sur le dépassement des tatouages sociaux par une « démocratie sociale » à approfondir en permanence. Par la prise en compte et non de gommage ou la hiérarchisation des différences. Par le refus des idéologies, des comportements, des réflexes qui, selon la formule de Finkielkraut, transforment « la culture de l'Autre en négation de l'Autre »

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    Autant dire que Bayrou a tout a fait raison de parler de « révolution citoyenne » en évoquant les objectifs du MoDem. Une révolution qui est d'abord d'ordre culturel. Changement des modes de penser et d'agir. Refondation de la démocratie...dans les têtes. Et dans les faits! 

    >>>C'est ce qu'a bien compris... Nicolas Sarkozy qui voudrait le tuer dans l'œuf. En ne se privant pas de piller (comme le PS, d'ailleurs) quelques  pièces détachées du "moteur du MoDem". Des pièces détachées qui perdent évidemment de qualité et de leur utilité quand on les greffe sur d'autres concepts et d'autres conceptions...Surtout avec une UMP qui redeviendra vite une coalition hétéroclite  "complexée" dès que les réflexes bonapartistes du moment se  seront émoussés...

     >>>C'est ce que n'ont pas compris les ex-udf qui par vagues successives ont quitté ou trahi le « paquebot Bayrou », par opportunisme politicien, par calcul alimentaire,  par peur de devoir assumer concrètement deux mots chargés d'exigences : Indépendance et Liberté.

    "Penser Libre", ce n'est pas simple... "De la servitude volontaire": La Boétie à rééditer...

    >>>C'est ce que n'ont pas compris tous les responsables du PS en panne d'idées novatrices, prisonniers des poussières structurelles accumulées depuis... 1905, des pesanteurs accrue depuis ...1920, de la domination intellectuelle de "la gauche de la gauche", de la non révision d'Epinay, des virus des utopies de l'echec. 

     Pris de vitesse par des évolutions sociales et sociétales qu'ils n'ont pas vus venir, les éléphants en sont à courir après une social-démocratie déjà modernisée par les vrais sociaux-démocrates européens, ceux qui n'ont pas le complexe du "social-traitre". "Le train fantôme Vichy-Moscou", pour reprendre une expression co-produite avec Philippe Sollers, n'a pas fini de traverser nos villes...et nos partis de gauche et de droite.

    >>>C'est ce que n'ont pas (encore) compris nombre de politologues et autres commentateurs qui font leurs analyses « le nez dans le guidon ».

    >>> C'est, surtout, ce qui explique que le MoDem prend vie  dans l'enthousiasme des militants qui le rejoignent en nombre et dans l'angoisse des notables de la politique en place.

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    Pour eux, le MoDem est un emmerdeur qui brouille les cartes, fait bouger les lignes, secoue le paysage politique, bouscule tout. Un emmerdeur qui le sera plus encore si ce MOUVEMENT DEMOCRATE sait vraiment rompre avec cette cacophonie, cette insuffisance de rigueur et  cette mollesse internes  qui faisaient la faiblesse de l'UDF. S'il sait éviter les pièges dans lesquels sont tombés le PS et les Verts...S'il sait muscler son positionnement encore trop perçu (à tort) comme celui d'un distributeur de bons et de mauvais points. 

    Avec ces "si", le Mouvement démocrate  va devenir une force incontournable de contestations, de mobilisation et surtout de propositions, indépendamment de la faiblesse (temporaire) de sa représentation parlementaire.

    La réussite du MoDem  se jouera d'abord sur son aptitude à devenir un parti d'un type effectivement "nouveau", un parti de citoyens ou plutôt  de militants d'une citoyenneté active,  et non de petits notables aux ambitions  d'apparatchiks, de maîtres de chapelles ou de ce que de Gaulle nommait "politichiens".

    François Bayrou porte un projet trop chargé de vraies espérances pour se permettre de décevoir"Le MoDem de toutes nos forces": c'est la grande bataille de l'été. 



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  • Le Modem, digue anti raz-de-marée..

    Petites leçons du deuxième tour des Législatives : Ce sont les électeurs du MoDem qui ont contrarié les desseins de l'UMP 

    « Doulce France »... Toujours prête, de plus en plus même, à se laisser aller d'une humeur à l'autre. Pour se faire peur, ou plaisir. Pour fuir les réalités, souvent.

    Lundi dernier : alerte rouge, raz-de-marée annoncé ! La Chambre « introuvable », « bleue encre », s'inscrit dans les sondages. Un succès à inscrire dans le Livre des records pour l'UMP, qui pourtant, a  un  bilan (passé sous silence) à mettre plus à son passif qu'à son actif. Le premier ministre, vrai chef de guerre, annonce l'objectif : plus de 400 députés. Et le spectre du « parti unique » apparaît.

    Huit jours plus tard : « une vaguelette bleue pâle, avec des poissons rouges ». La gauche dans le coma s'est réveillée. Le PC assassiné est ressuscité. Un « Oui mais » titre Le Figaro. Un « avertissement à Sarkozy » lance un éditorialiste. La « fin de l'état de grâce », ose un autre...Les Français sont inconstants, pour les plus pessimistes. Ils sont intelligents, pour les plus optimistes...

    En fait, le fait qu'un deuxième tour rectifie le premier dans des élections législatives   n'a rien d'exceptionnel. Et l'important n'est pas ce qui est mis la  plupart du temps en valeur, mais ce qui est caché par ce qui est valorisé.

    Un «recul » de l'UMP ? Allons donc. La majorité présidentielle est « absolue ». C'est la réalité. Et Sarkozy tient tous les pouvoirs dans ce beau pays de Montesquieu. Et la victoire de l'UMP et de ses satellites est incontestable.

    Un « bon réflexe de pluralisme » ? Oui. Le MoDem y a beaucoup contribué. Mais la bonne moitié des français n'est pas représentée, et on notre système reste plus électif que représentatif. Pour les partis : le Modem de Bayrou le sait mieux que personne, mais il n'est pas le seul à être écrasé par les deux rouleaux compresseurs d'un bi-partisme qui s'auto-reproduit. Et ne parlons pas de la représentation des « minorités visibles »...

    Bien blanche, la Chambre! Même l'arrivée, (« massive » aie-je entendu), de femmes est à relativiser :la France, machiste, était au 89 ième rang mondial. Elle fait un bond pour se classer ... 56 ième ! Que de progrès encore à accomplir pour être dignes de notre autosatisfaction.

    Le phénomène essentiel du deuxième tour est le même que celui du premier : l'importance historique et périlleuse de l'ABSTENTION. C'est la preuve du bien-fondé des diagnostics de Bayrou. C'est la démonstration que les Français, malgré l'effet loupe, des Présidentielles transformées en festival de politique-spectacle, ne sont pas du tout réconcilier avec la politique telle qu'elle se pratique.

    Problèmes d'éducation (dès l'école), d'information (soirée clips sur M6), de structures non démocratiques, d'état d'esprit oligarchique, de culture (plus monarchique que républicaine, malgré les cantiques laïcs des « élites »)...

    ll est vraiment impératif que le MoDem ouvre les « voies nouvelles ». J'attends beaucoup des Conférences de citoyens que Chantal Cutajar lance sur Strasbourg, en appliquant concrètement les exhortations de Bayrou : si elles tiennent leurs promesses, il faudra les étendre à d'autres villes. La démocratie doit être une pratique permanente, sans cesse à améliorer,  et non un état de fait célébré plus ou moins bien périodiquement...

    En termes d'analyse politique, il importe bien sûr d'être prudent. Et ne pas s'en tenir à quelques impressions données par des cas particuliers (défaites de Juppé et de Chevènement, par exemple) ou par des  calculs partiels et estimations superficielles. Mais trois lignes de forces valent d'être mise en relief:

    >>> L'échec du front national, réjouissant pour tous les démocrates et logique après la déroute de Le Pen aux présidentielles (due en grande partie au siphonage réussi de Sarkozy), ne marque en rien la fin sociologique de l'extrême-droite française. Déboussolés ou récupérés, les électeurs lepénistes se sont réfugiés dans une abstention plus dépitée que résignée. Gare aux réveils !

    >>> Le sauvetage du PC n'est pas forcément une bonne nouvelle pour tous ceux qui souhaitent une rénovation ou une refondation de la « gauche ». Marie Georges Buffet   revient de très loin. Mais où veut-elle et peut-elle aller ? Et avec qui ? Le conservatisme de gauche se porte mieux qu'on pouvait le penser : ce n'est pas une bonne nouvelle pour ceux qui se veulent d'authentique réformateurs d'une pensée et d'une action adaptées à ce siècle. Cela rend plus ambigu encore le projet de Hollande et de quelques autres de constituer une « UMP de gauche «  qui irait du PC au centre ». Le PS  va être peut-être encore plus tiraillé par une logique de partition entre deux lignes. L'une, « classique », appuyée sur le flanc gauche du PS et donc des alliances à sa gauche. La seconde partisane d'alliances au centre ou avec le centre....

    >>> Le bonheur des socialistes, qui en oublient qu'ils ont perdu et que la droite a gagné, a quelques cotés amusants... Après la vague rose des régionales, le même concert d'auto-satisfaction avait rendu sourd les plus lucides.   

    Il est vrai qu'au regard de la débâcle qui lui était promise par les sondeurs au soir du premier tour, et de la campagne politiquement nulle que ses dirigeants ont mené entre les deux tours,  le PS a fait mieux que se défendre. Le parti socialiste et ses alliés gagnent même une quarantaine de sièges,  contre toute attente. Une « divine surprise », pour Hollande. Et une « surprise contrariante » pour Royal...

    Mais une « surprise » provoquée par quoi ?

    Ne croyons pas que subitement ce deuxième tour a été transformé par l'habileté de Fabius, en un referendum pour ou contre la TVA anti-sociale...

    Ne croyons pas non plus à une « mobilisation exceptionnelle » des électeurs PS : Claude Patriat, professeur de sciences politiques à l'Université de Bourgogne, sur la base de 150 circonscriptions clés passées à la loupe peut affirmer le contraire. Et d'autres études sérieuses (dont la mienne, si je peux me permettre) aussi : « Le PS n'a pas été mieux servi par son électorat au deuxième tour qu'au premier »...

    Paradoxe ? En fait, le PS a été servi par l'absence de triangulaire. Il n'y en a qu'une , et elle a été gagné par le MoDem...

    Il a été surtout servi par l'électorat du MoDem, y compris dans des circonscriptions où il a perdu de peu et où (fait d'exception)  la candidate éliminée du MoDem avait appelé à voter contre lui (deuxième circonscription de Strasbourg)

    Claude Patriat explique :  «  Il n'y a pas eu de sursaut du Parti socialiste. Quand on regarde précisément les résultats du 1er tour on constate que sur 150 circonscriptions, les voix du Modem pouvaient lui permettre de faire la différence à condition que se constitue un front anti-UMP. Or c'est exactement ce qui s'est passé. ».

    Les éléphants et les aspirants « lions » du PS se sont bien gardés de le souligner, mais le fait est là : le PS a  bénéficié massivement des voix du Modem. En dépit de l'absence de consigne de vote de Bayrou. Les électeurs seuls ont décidés.

    C'est logique puisque l'électorat de centre droit avait déjà voté UMP, en suivant le  « général Morin ». C'est encourageant, non parce que cette fois le PS en bénéficie, mais parce que le MoDem montre ainsi sa puissance d'arbitrage. C'est ce qui fait dire à que les sceptiques ont tort : le phénomène Bayrou va perdurer. La Revolution Orange d'un Centre Indépendant et Libre répond à de vraies aspirations.

    Cet appui du moDem est d'ailleurs confirmé par les sondages sorties des urnes : 58% des électeurs du MoDem du premier tour auraient voté pour le PS, 25 pour l'UMP et 17% se  seraient abstenus ou auraient voté blanc.

    A noter au passage la faible abstention des  électeurs du MoDem pourtant en deuil de leurs espérances du premier tour : c'est  le signe d'une motivation civique forte chez celle et  ceux qui optent pour l'orange. Cela aussi est très encourageant pour le mouvement de Bayrou.

    Ces données sont évidemment importantes pour tenter d'imaginer la recomposition en gestation du paysage politique. Revoici des débats en vue entre les champions de la bipolarisation et ceux qui suivent le cap Bayrou : l'émergence d'une troisième force entre l'UMP et la gauche pure et dure. Cela dépendra d'abord de la capacité du moDem à se donner les moyens de ses ambitions. Une affaire de structures et de mentalité.



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    François Bayrou a participé à un débat avec sa concurrente socialiste Marie-Pierre Cabanne sur France Bleu Béarn. Le candidat a insisté sur l'importance de l'équilibre des pouvoirs dans une démocratie. Il a réaffirmé son indépendance vis-à-vis de l'UMP et du PS. Enfin, le député des Pyrénées-Atlantiques a répondu sur des questions locales qui touchent à l'urbanisme, au développement économique et à l'aménagement du territoire.

    "On a besoin de trouver dans nos institutions, un équilibre" a déclaré François Bayrou. Le député des Pyrénées-Atlantiques a souligné que les législatives étaient des élections très importantes car elles allaient dessiner le visage de la future Assemblée nationale. "On a besoin d'être assurés que les familles, les femmes et les hommes vont trouver des défenseurs" a insisté le candidat. Concrètement, il s'agit d'avoir la liberté et l'indépendance de dire ce qui va dans le bon sens et ce qui au contraire ne va pas dans la bonne direction : "A mon sens, tous les députés devraient être dans cet esprit-là". Selon lui, s'il y a un trop grand déséquilibre à l'Assemblée nationale avec une concentration des pouvoirs dans les mains d'un petit nombre, le Français vont s'apercevoir de l'appauvrissement que cela représente pour tout le monde y compris pour la majorité. François Bayrou a rappelé qu'il était attaché aux principes démocratiques et républicains au premier rang desquels figure l'équilibre des pouvoirs. Pour y parvenir, il faut, selon lui, une loi électorale juste où les écologistes et le centre sont représentés : il a souligné que le Mouvement Démocrate (MoDem) représente la troisième force politique française. Dans un système électorale normal,  on est en droit d'obtenir entre 40 et 50 sièges quand on a réalisé près de 8% des voix. 


    Interrogé sur le désistement du candidat UMP dans sa circonscription, François Bayrou a jugé que cette décision n'était pas intervenue par affection pour lui mais relevait plutôt d'une tactique politique. Le candidat a tenu à préciser qu'il n'avait reçu aucun appel de l'UMP pour le prévenir et que lui-même n'avait passé aucun appel. Les résultats du premier tour où il est arrivé largement en tête devant l'UMP et le PS ont montré, selon lui, qu'on pouvait remporter une élection en affrontant les deux forces politiques dominantes. Ce résultat valide, à ses yeux, le chemin d'indépendance qu'il a choisi : il est convaincu que l'affrontement gauche-droite n'est pas une fatalité et que les gens de bonne volonté peuvent travailler ensemble : "C'est le seul chemin pour la France". Même si François Bayrou ne pourra pas constituer de groupe parlementaire, il pourra néanmoins s'exprimer autant qu'il veut à l'Assemblée, il a rappelé que Pierre Mendès France ou Mitterrand avant lui, l'avaient fait : "Quand on dit des choses justes et qu'on a une voix forte, cela porte".

     

    La seconde partie du débat a porté sur les questions locales. Face à l'augmentation des prix des logements qui atteignent jusqu'à 220/240 euros/m2 dans certains quartiers, François Bayrou a expliqué que le député n'avait pas de baguette magique. S'il existe une marge d'action, elle passe, à ses yeux, par le Conseil général des Pyrénées-Atlantiques : la création d'un établissement public foncier local a permis de réserver des terrains qui sont vendus en dessous du prix du marché. Il n'a pas caché que c'est le contribuable qui payait la différence mais il considère que cela vaut la peine notamment pour améliorer la mixité sociale.

    S'agissant du développement de l'élevage porcin à proximité des lieux d'habitation, François Bayrou a rappelé que lorsqu'il était président du Conseil général, il avait obtenu l'appellation d'origine contrôlée pour le jambon de Bayonne. En contrepartie, le cahier des charges stipulait que l'on devait aboutir à zéro pollution et zéro nuisance. Grâce à un mode de traitement biologique des lisiers, les éleveurs sont parvenus à supprimer les odeurs et la pollution des sols. En revanche, il n'est pas favorable à un traitement des lisiers en usine et souhaite que l'on privilégie les petites structures.

    Concernant le secteur aéronautique et en particulier l'entreprise Turbomeca qui fabrique des moteurs d'hélicoptères, François Bayrou a rappelé qu'il était intervenu en qualité de député quand l'entreprise a traversé une grave crise au début des années 90 : il a expliqué que Turbomeca avait bénéficié de prestations de l'Etat sous forme de crédits d'étude et de recherche, et de commandes militaires, ce qui avait permis à l'entreprise de se redresser. Il considère que la réflexion sur la construction d'une nouvelle route qui relirait Bordes où se situe Turbomeca à la RN117, n'est pas encore mûre. Il a d'ailleurs souligné que plusieurs tracés étaient encore à l'étude. Il comprend cependant la demande de l'entreprise mais aussi des riverains d'avoir une liaison avec l'autoroute. Dans le cas d'Airbus, François Bayrou a dénoncé les manquements de la direction de l'entreprise, et en particulier la guerre interne sur fond de guerre politique à laquelle se sont livrés ses dirigeants et qui a abouti à un accident industriel. "Quand on mélange la politique et l'industrie, on se trouve en défaut" a conclu le député. C'est pourquoi il a plaidé pour une séparation des pouvoirs politique et économique... et au-delà une séparation des pouvoirs politique et médiatique.

    Enfin, François Bayrou a été interrogé sur le « quartier difficile » de l'Ousse-des-Bois. Le candidat considère que le feu couve encore dans les cités et que « c'est un des risques les plus importants de la société française » car des centaines de milliers de familles et de jeunes ont le sentiment d'être abandonnés et discriminés et que les populations d'origine française ont l'impression d'être encore plus maltraitées encore. C'est pourquoi il est opposé à la suppression de la carte scolaire car cela va, selon lui, renforcer la ghettoïsation de ces quartiers en créant des lycées de 1 e, 2 e et 3 e zone et cela va accentuer le sentiment d'abandon de ces populations. Il considère que sur un sujet aussi important que les banlieues, les principales formations politiques devraient être capables de se mettre d'accord sur un plan d'action à long terme...

    France Bleu Béarn

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  • François Bayrou était l'invité ce matin de Jean-Michel Aphatie sur RTL. Il revient sur les résultats difficiles du Mouvement démocrate et dénonce l'énormité de la majorité à venir. Il prévoit l'avènement d'une force politique nouvelle, rajeunie et prête à tous les combats. Lors de l'émission, il apprend que l'horizon se dégage dans sa circonscription. Cela ne l'empêche guère de prôner l'indépendance. De rester vigilant quant aux futures lois proposées au représentants du peuple. Notamment sur la TVA sociale. C'est de l'indépendance qu'il prône depuis le début de sa campagne présidentielle qu'il en va.

    Après un premier tour des élections législatives difficile pour le Mouvement démocrate, François Bayrou contre-attaque. Selon lui, avec 40 % des voix, l'UMP, le parti présidentiel obtiendra plus de 80 % des sièges. Le Mouvement démocrate coure le risque d'être « laminé » selon son président, alors même qu'il obtient un score en voix excellent. Il y a là un manque de justice électorale évident. Cette machine effroyable qui broie tout sur son passage.

    Cependant que François Bayrou veut y voir un de ces moments, un de ces instants-clefs qui fondent le futur. En effet, ce sera bientôt l'émergence d'une formation politique nouvelle. D'une génération nouvelle. C'est une période de fondation, pour la construction d'une autre manière, une autre vision de la politique. Cette élection aura finalement révélé, selon François Bayrou, la « vraie nature des mouvements. » Celle du Mouvement démocrate notamment.

    Concernant l'appel téléphonique de la candidate socialiste malheureuse à l'élection présidentielle, François Bayrou s'amuse de la chronique quotidienne des échanges entre portables des uns et des autres. Il affirme ne pas avoir rappelé Ségolène Royal. Il souhaite ainsi éviter l'ambiguïté. S'il l'avait fait, on aurait pu croire à un processus de rapprochement entre le parti socialiste et le Mouvement démocrate, ce qui n'est pas le cas. Beaucoup eussent pu crier au « passage à gauche » et inversement avec l'UMP si des échanges avaient eu lieu avec ce parti.

    Or, c'est la voie de l'indépendance que choisit François Bayrou. Ni avec le parti socialiste, ni avec l'UMP. Il est du devoir de chacun de prendre ses responsabilités pour le deuxième tour de ces élections législatives. Les électeurs, en leur âme et conscience, iront voter pour le bien de la Nation.

    François Bayrou prend à témoin les deux circonscriptions des Pyrénées-Atlantiques où lui et Jean Lassalle sont en ballottage plutôt favorable. Il constate qu'à la fois le parti socialiste et l'UMP ont présenté des candidats face à eux. Ce n'est pas une raison pour entrer dans des conflit de personnes. D'ores et déjà, au plan national, François Bayrou ne donnera pas de consignes de vote.

    Jean-Michel Aphatie le presse de dire sa préférence, ce que François Bayrou refuse. Ce qui ne l'empêche nullement de dire l'estime qu'il entretient à l'endroit de Dominique Strauss-Khan. Le candidat malheureux à l'investiture socialiste est arrivé en deuxième position dans sa circonscription de Sarcelles face à la candidate Sylvie Noakovitch, de l'UMP. François Bayrou estimait Dominique Strauss-Kahn avant l'élection, il lui gardera cette estime après l'élection.

    Décidément en verve, le présentateur de RTL saisit au vol une dépêche AFP qui annonce que Jean-Claude Gaudin déclare sur France 2 que le candidat UMP dans la circonscription de François Bayrou, se retire. C'est une surprise pour François Bayrou qui l'apprend donc en direct. Il n'a rien demandé. Il souhaite faire seul la preuve qu'une voie nouvelle peut s'ouvrir dans sa deuxième circonscription des Pyrénées-Atlantiques et au-delà dans la France en son entier.

    A propos de la TVA sociale, selon François Bayrou, ce sont les Français les plus pauvres qui seront concernés par cette mesure. Les charges seront accrues. Le niveau de vie baissera sensiblement? Ce texte grèvera la possibilité pour nombre de ménages dans la difficulté, pour beaucoup de gens qui travaillent avec des salaires bas, de boucler normalement les fins de mois.

    François Bayrou conclut en répétant qu'il essaiera d'incarner à l'Assemblée nationale, de donner des gages d'indépendance. Il s'estime être capable de promouvoir les textes de lois qui lui paraîtront faire avancer la France dans le sens du progrès et de la justice. Et s'opposera vigoureusement aux projets du gouvernement qui pourraient enfreindre les lois non-écrites de l'équilibre et de l'intérêt général.

    RTL

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  • 1 juin 2007




    François Bayrou vient faire campagne en Charente ce soir. Il sera à 19h30 à la salle des Tanneries à Nersac pour le lancement du Mouvement démocrate dans le département qui présente un candidat dans chaque circonscription. En attendant, il répond à "La Charente Libre". Il y plaide pour un centre fort, indépendant et libre. Il demande du pluralisme à l'Assemblée nationale. François Bayrou demande une refonte des institutions qui permettraient une représentation plus équitable des diverses sensibilités politiques du pays. Et s'insurge contre la franchise médicale, qu'il estime "injuste". Propos recueillis par Dominique GARRAUD.

    CL. Vous évoquez une campagne législative «difficile». Qu'en attendez-vous notamment en nombre de sièges à l'Assemblée où, selon toute probabilité, votre Mouvement Démocrate (MoDem) ne sera pas en mesure de constituer un groupe parlementaire?

    François Bayrou. L'enjeu de cette campagne, c'est le pluralisme en France. S'il n'y a qu'une opinion qui domine l'Assemblée nationale avec de l'autre côté un Parti socialiste en crise, les débats ne pourront pas avoir lieu. Dans un pays démocratique normal, les grands courants qui se sont exprimés fortement au moment de l'élection présidentielle devraient avoir leur représentation parlementaire. Nous vivons avec des institutions qui ne donnent la parole qu'aux majoritaires. Cela n'est pas normal.
    Si les Français veulent que les grands sujets qui vont être traités soient débattus en pleine lumière, il faut qu'ils permettent à des voix différentes et indépendantes de s'exprimer à la tribune de l'Assemblée. Je pense notamment à la franchise en matière de sécurité sociale avec ces dizaines d'euros non remboursés qui risquent de poser des problèmes très lourds aux familles bouclant leur budget à l'euro près. Je pense à la carte scolaire et au problème de la dette dont le gouvernement a annoncé qu'il allait le mettre pour une période entre parenthèses, ce qui est profondément injuste.
    Sur le nombre de sièges, je ne fais aucun pronostic. Laissons les électeurs s'exprimer. Je ne connais aucun institut de sondages qui puisse estimer 577 élections différentes.

    Pendant la campagne présidentielle, et singulièrement entre les deux tours, aviez-vous envisagé la possible défection de la quasi-totalité du groupe parlementaire UDF au profit de Nicolas Sarkozy?

    F.B. Non (rires). Non, parce que je crois aux idées et aussi profondément à la loyauté de mes amis. Je n'avais donc jamais envisagé cela. C'est le problème des institutions de la Ve République qui doivent être changées. Il y a un tel attrait du pouvoir qui va avoir tous les leviers de commande entre les mains, que la preuve est faite à chaque élection qu'il est difficile de lui résister.

    Le Nouveau Centre présente un programme législatif pratiquement identique à celui adopté par l'UDF. N'y a-t-il pas un risque de trouble pour l'électorat qui avait porté ses voix sur votre nom?

    F.B. L'électorat ne se trompe pas. Les électeurs qui ont voté pour moi l'ont fait parce qu'ils savaient que je voulais l'indépendance et la force du centre, que je voulais que travaillent ensemble des gens différents par-dessus les frontières habituelles, que je voulais pour le pays des solutions équilibrées. Ce lien créé avec 7 millions d'électeurs n'a pas changé et aucune manœuvre ne le troublera. Les électeurs savent exactement que des gens ont changé de ligne de conduite pour rallier le nouveau pouvoir. Ce sont des attitudes très anciennes, archaïques.

    Lors de la création du MoDem, vous aviez évoqué la possibilité d'accords de désistement au second tour «au cas par cas» avec le PS ou l'UMP. Cette hypothèse reste-t-elle d'actualité et peut-elle s'appliquer, le cas échéant, à des candidats du Nouveau Centre?

    F.B. Je n'ai aucun accord d'appareil et je ne conduis aucune manœuvre avec qui que ce soit. Nous allons au premier tour sous nos propres couleurs. Nous verrons au soir du premier tour où en sont nos candidats et quel est le meilleur moyen de favoriser le pluralisme en France.

    Vos détracteurs, dont Simone Veil, vous accusent d'avoir créé le MoDem dans l'unique objectif de la présidentielle de 2012. Que leur répondez-vous?

    F.B. Je n'ai jamais songé à l'élection présidentielle de 2012. Car personne n'a idée de ce que sera la situation dans cinq ans. J'ai créé le MoDem à partir de l'UDF parce qu'il faut un centre fort. On s'apercevra dans les mois qui viennent que faute de ce centre fort le pays rencontrera des difficultés. Les politiques déséquilibrées sans contre-pouvoir échouent à tous les coups et génèrent l'exaspération du pays.

    Quel jugement portez-vous sur le début du quinquennat Sarkozy et sur sa propension à traiter en direct les dossiers?

    F.B. Il est très bon en matière de communication mais l'idée qu'un seul homme puisse traiter en direct des problèmes est inquiétante. Tous les systèmes politiques fondés sur un pouvoir qui décide de tout et concentré entre les mêmes mains ont gravement échoué. Ceci ne correspond pas à la manière dont le pouvoir devrait être exercé dans un grand pays au XXIe siècle.
    La Charente libre

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